(extrait du journal « Jeunes d’Ici » de mai 1999, lettre d’information des Jeunes démocrates-63)
"Voilà tout juste 70 ans, dans un petit village des Bois Noirs, naissait l'homme de la “ révolution silencieuse ”. Fils d'un petit paysan sachant à peine lire,
Michel DEBATISSE devint pourtant le porte-drapeau d'une grande ambition. Celle d'hommes et de femmes qui ne souhaitaient rien d'autres que de rendre leur dignité aux individus en général et aux
paysans en particulier.
Cette dignité, il savait qu'elle passait aussi par l'indépendance économique. L'entreprise était immense puisque personne ne devait rester sur le bord du chemin.
Michel DEBATISSE travailla beaucoup dans ce sens : la création des S.A.F.E.R. ou la prise en compte des différences régionales avec l'institution de l'I.S.M. (Indemnité Spéciale Montagne) ne sont
que deux exemples parmi tant d'autres.
Sachant pertinemment que rien ne peut changer sans les hommes, il ne se contenta pas de revendiquer. Il releva donc un autre défi, celui du progrès et du changement
par la formation. Il aurait d'ailleurs pu faire sien ce proverbe chinois cité par Gérard De CAFFARELLI dans un article sur lui : “ Si tu prévois pour un an, sème du blé, si tu prévois pour dix
ans plante des arbres, si tu prévois pour cent ans forme des hommes ”. Ainsi naquit l'Institut de Formation pour les Cadres Paysans.
A travers toutes ses réalisations, il restait attentif à un autre problème : ne pas faire de l'agriculture un ghetto, sans aucune ouverture sur l'extérieur. Il ne
voulait pas que les paysans tels des intouchables indiens, nécessaires mais méprisés, se mettent à l'écart de la société. Il était ce qu'on appelle un universaliste, quelqu'un qui dans un homme
voit avant tout l'homme et non pas un ouvrier, un patron ou un paysan. Dès lors il considérait qu'une démocratie ne pouvait vivre que si tous les citoyens étaient entraînés dans un même élan à la
recherche du bien commun. Cet élan il chercha à le retrouver dans l'action politique, en particulier au Parlement Européen. Il put parfois y être déçu mais jamais il n'y perdit la foi.
Le 11 juin, cela fera deux ans que Michel nous a quitté. Mais dans son héritage il y a bien plus que des paysans fiers de l'être. Pour tous ceux qui ont été ses
compagnons, voire même ses adversaires, il laisse le souvenir impérissable d'un homme de convictions et de combats. Un homme profondément humain à l'écoute de ses semblables puisqu'il croyait en
eux. Lorsqu'on lui reprocha l'échec de certains il répondit d'ailleurs par cette simple formule “ ils ont tenté quelque chose de grand :ce sont des hommes ! ”.
Pour les plus jeunes il est un modèle, l'image d'une volonté et d'une certaine idée du progrès.
Il était et il reste, par delà le temps, un de ces hommes qui vous modèlent et vous façonnent, simplement par leur présence.
En ce triste anniversaire la rédaction renouvelle toute son amitié à son épouse Thérèse et à sa famille.