L'exemple d'Etienne Clémentel

Publié le par simon rodier

 (hommage prononcé à l’occasion du centenaire du Parti Radical)

 
 
"Chers amis,
En fêtant le centenaire du Parti Radical c’est à une multitude d’homme et de femmes, combattant de la cause républicaine, que nous entendons rendre hommage.
Ces 10 décennies furent en effet jalonnées de luttes et de justes combats menés par beaucoup d’anonymes et par bien des hommes illustres. Aujourd’hui nous aurions donc pu honoré la mémoire du “ tigre ” Clémenceau, de Jean Zay assassiné par la milice, du philosophe Alain ou encore celles d’Edgar Faure et de Pierre Mendès-France, ces deux frères ennemis qui influencèrent tant la construction de la France moderne.
Aujourd’hui pourtant c’est à un personnage moins renommé que nous avons choisi de rendre hommage. Etienne Clémentel, Maire de Riom pendant plus de 30 ans, mérite en effet lui aussi sa place dans le panthéon des grands radicaux.
Né le 29 mars 1864 à Clermont-Ferrand, il restera toujours très attaché à cette terre d’Auvergne. Militant républicain, il forge sa conscience politique dans le rejet d’un boulangisme par lequel, comme Clémenceau, il s’était un temps laissé abuser. Aujourd’hui encore nous avons à nous méfier des Boulanger et autres Bonaparte d’opérette. Il nous faut garder à l’esprit que ces individus, au charisme certain, ne revêtent les habits des humanistes qu’afin de faire oublier leur souhait de voir s’affronter nos concitoyens (riches & pauvres, fonctionnaires & entrepreneurs, noirs & blancs, monde urbain & monde rural) dans des luttes stériles garantes de leur propre pouvoir…
Elu à 28 ans à peine conseiller municipal de Riom, ses convictions (qu’il n’eut jamais peur d’afficher) le firent naturellement choisir comme Député de "Riom-Plaine" par tous les amis de la démocratie que comptait cette circonscription.
A l’Assemblée Nationale les principaux leaders républicains eurent vite fait de remarquer ses compétences dans le domaine économique et surtout sa capacité à rassembler autour de lui des hommes issues aussi bien de la gauche que du centre droit. […]. Autant de raisons qui poussèrent le Président du Conseil Rouvier à faire de ce jeune quadragénaire son ministre des Colonies en 1905. Un portefeuille ministériel qui ne fut d’ailleurs que le premier d’une impressionnante série.
A Paris il ne se contenta pas de fréquenter les lieux de pouvoirs mais devint également un habitué des salons et autres lieux de culture. Peintre et écrivain, ami de Claude Monet et surtout de Rodin […], il composa même le livret de Vercingétorix, un opéra en 4 actes. Homme extrêmement cultivé il appartenait à cette génération de décideurs qui voulait voir en la politique plus que de la simple gestion comptable. C’est d’ailleurs à Etienne Clémentel, Président du Conseil Général de 1911 à 1935, que nous devons l’acquisition par le département des terrains formant la montagne du Puy-de-Dôme (ce projet ayant peu intérêt économique il dut peser de toute son autorité pour réussir à le faire aboutir).
Sénateur pendant plus de quinze ans et Président de la Commission des finance du Sénat, ancien notaire et élu local, il aurait pu être l’archétype de ces notables de province, conservateurs et sans autres projets que cantonaux. En réalité, il fut tout le contraire. Ainsi en septembre 1926, il y a tout juste 75 ans, il prononça à la tribune du Conseil Général, un discours qui ne cesse d'étonner par son ouverture d'esprit et sa modernité. […]. Adversaire du repli sur soi il était un fervent défenseur du système des organismes supra et internationaux. Président à deux reprises de la Conférence Economique Interalliée, il fut l’un des principaux fondateurs de la Chambre de Commerce Internationale bien avant qu’Edouard Herriot ne réussisse à mettre en place un Conseil Economique en France. Dans ce fameux discours, dont nous fêtons aussi l'anniversaire, il affirmait également voir dans l'admission de l'Allemagne à la SDN les germes d'une Europe moderne et réconciliée. Sur ce thème ses collaborateurs eurent sans doute beaucoup à apprendre de lui, parmi eux se trouvait un jeune homme nommé Jean Monnet.
Dans le domaine économique, Etienne Clémentel ne concevait le rôle de contrôle d'un Etat régulateur que dans le cadre d'un partenariat et d'un dialogue actif avec les acteurs du monde de l'entreprise. Initiateur de la "Confédération Générale de la Production Française", ancêtre du MEDEF, son action envers le monde des petits entrepreneurs et des artisans le fit aussi surnommer en 1920 le "père de l'artisanat".
Enfin, défenseur de la décentralisation, Etienne Clémentel milita avec force pour la création de régions administratives ayant lui même organisé des régions économiques alors qu'il était le tout puissant ministre de l'économie d’une France en guerre (basées sur la mise en commun des actions des Chambres de Commerce).
Fondant son action politique sur l’idée d’une “ solidarité humaine ” plus que sur des idéologies, Etienne Clémentel préférait les solutions concertées aux affrontements. Mu par un idéal humaniste et une vraie foi religieuse il était homme de concorde et adepte du dialogue social.
Modéré, Etienne Clémentel n’en était pas moins homme de convictions. Même affaibli par la maladie il lutta de toutes ses forces contre l’arrivisme et l’ambition démesurée de Pierre Laval. Malheureusement sa mort, le lendemain du jour de Noël 1935, vint trop tôt pour qu’il mène à terme ce dernier combat. Etienne Clémentel laissa alors les vrais démocrates du département bien seul face à l’ascension irrésistible d'un homme qui devait devenir le symbole même de la collaboration et qui avait malheureusement le talent d'éblouir même les meilleurs républicains.
Dans l’ouvrage qu’il lui consacra, Guy Rousseau résume toute l’action d’Etienne Clémentel par une phrase : “ une vie politique entre idéalisme et réalisme ”. Croyant tous qu’il n’est de bonne politique que celle qui allie la générosité et la responsabilité nous pouvons donc le tenir comme un précurseur, lui qui faisait passer ses fidélités à des valeurs avant sa loyauté à des structures creuses.
Mes amis, en la mémoire d’Etienne Clémentel, je vous demande une minute de recueillement, qu’elle soit pour nous aussi l’occasion de nous rappeler qui nous sommes !"
 
Simon RODIER
 
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